Papa, papa, Maman, maman Photo : RICLAFE/SIPA

Homoparentalité : le droit à l'adoption bientôt ouvert aux couples homosexuels

Promesse du candidat François Hollande, le projet de loi qui ouvre le droit au mariage aux couples homosexuels devrait également permettre aux personnes de même sexe d'adopter «dans les mêmes conditions que les hétérosexuels», selon la [...]

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Cédric Coutron
Étudiant en philosophie & blogueur

Décryptage de la position de Nicolas Sarkozy, valable aussi pour d'autres personnes ici

J'ai écrit, dans mon blog, un article pour décrypter les propos de Nicolas Sarkozy sur le mariage des couples de même sexe et l'homoparentalité. Je vous rapporte donc la partie de mon texte qui se rapporte à cette question. Ce sont les propos tenus lors d'une interview le 17 avril 2012 au micro de France inter avec Pascale Clark. En gras, le contenu de l'interview. 

Les deux arguments de Sarkozy sont les suivants : (1) il faut un homme et une femme pour faire un enfant, donc un enfant a besoin d'un homme et d'une femme comme parents ; (2) en temps de crise, pas besoin d'ajouter un manque de repères en plus. Le premier argument a été cité plus ou moins nettement pendant le débat que nous avons sur Newsring.

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« Nicolas Sarkozy — [...] À ma connaissance, pour faire un enfant, dans l’état actuel de mes connaissances scientifiques, il faut un homme et une femme. »

→ Voilà le premier argument qui explique pourquoi l’homoparentalité ne doit pas être reconnue par la loi. Sarkozy utilise ici un procédé bien connu. Pour expliquer pourquoi un couple qui élève un enfant doit être élevé par un homme et une femme, il va faire référence à la manière dont sont biologiquement conçus les enfants, à savoir, personne ne le nie, grâce aux gamètes d’un homme et d’une femme. Or, ce qui n’est pas du tout évident, c’est de pouvoir dire que comme la procréation est hétérosexuée, alors la parentalité doit reposer sur un socle hétérosexuel (un homme plus une femme). Sarkozy vient ici se référer à la nature et à la biologie pour asseoir son argumentation. Mais il y a là un grave problème : Sarkozy utilise la nature, qui n’est qu’un état de fait, et la science, qui n’est qu’une description de la réalité et ici de la nature, pour en faire des discours normatifs. Il y a là un glissement entre le descriptif et le normatif, glissement absolument injustifiable théoriquement. Il ne s’agit ici alors que de dogmatisme.

Sarkozy s’inscrit ici dans le grand courant de ce que Borrillo (qui participe d'ailleurs sur ce site et à ce sujet) appelle  « l'éthique de conviction », dont j'ai parlé dans un autre article, qui est un courant néo-traditionaliste. Celui-ci ne fait référence à aucun Dieu ; ses positions sont assez similaires aux positions religieuses mais il les fonde différemment, ce qui lui permet d’avoir un impact certainement plus important au sein d’une société laïque. Borrillo écrit que « la pensée néo-traditionaliste se fait la gardienne de l’ordre établi, présenté comme une structure anthropologique immuable » (cf. Daniel Borrillo, Bioéthique, Dalloz, 2011). Alors que les conservateurs feraient plutôt appel à « l’ordre naturel », selon Borrillo, les néo-conservateurs utiliseraient plutôt les sciences humaines. Ce qu’ils chercheraient dans l’anthropologie ou la psychanalyse, ce sont les structures universelles et nécessaires pour asseoir une certaine vision normative du monde, ce que Borrillo qualifie d’« abus épistémologique » puisque l’on passe d’une discipline qui se veut scientifique et par là descriptive à une discipline normative ; de l’un à l’autre, la conséquence n’est pas évidente. Sarkozy semble être plus conservateur que néoconservateur puisqu’il ne fait pas référence à l’anthropologie, la psychanalyse, la psychologie, pour montrer que par exemple un enfant a besoin d’un père et d’une mère pour être équilibré, bien structuré. Mais conservateur ou néoconservateur, cela a peu d’importance : l’important, c’est de voir qu’il se réfère à un absolu (qui n’existe même pas toujours) pour en faire une norme.

« Ça ne veut pas dire qu’un couple homosexuel, qui adopte un enfant — parce que l’un est célibataire et qu’on ne demande pas [quelle est] sa pratique sexuelle — ne s’en occupera pas bien. » 

→ Donc d’un côté Nicolas Sarkozy nous explique qu’un couple homosexuel peut très bien élever un enfant sans que cela lui porte préjudice. Il avait d’ailleurs déclaré connaître personnellement des couples homosexuels ayant élevé des enfants. Mais dans le même temps, il refuse que la loi reconnaisse ces couples. C’est d’autant plus difficile à comprendre qu’une personne célibataire, comme le dit le Président, peut très bien adopter un enfant… que cette personne soit hétérosexuelle ou homosexuelle ! Il y a là un certain manque de logique.

« Cela veut dire que faire une loi, dans ce temps extrêmement troublé, pour dire : « voilà, c’est la même chose qu’un enfant ait deux mamans, deux papas ou un père et une mère », je n’irais pas jusque-là, parce que ce n’est pas la conception qui est la mienne. »

→ C’est là le second argument utilisé par Sarkozy face à Pascale Clark : le « temps extrêmement troublé ». Expression nébuleuse qui fait, je suppose, référence à la crise économique. Sarkozy joue ici sur la corde de la peur, des troubles, pour éviter tout changement, ce qui présuppose aussi que la reconnaissance de l’homoparentalité et du mariage pour les personnes de même sexe seraient une forme de troubles pour notre société. Il suffit de se rappeler qu’à la phrase précédente, il nous expliquait que l’homoparentalité ne posait pas de problème pour élever un enfant ; c’est à n’y rien comprendre… Il y a un manque de cohérence de fond…

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Vous aussi, participez au débat :
Faut-il reconnaître l'homoparentalité ?

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  • Photo de Danièle Sala oui

    20 avril 2012, 20:05

    Danièle Sala
    C'est une question qui n'a rien à voir avec la "crise économique." Tout le monde a le droit d'être parent, quel que soit son sexe, et qu'il soit hétérosexuel ou homosexuel . A t-il été prouvé que les enfants élevés par un couple homosexuel étaient moins heureux, moins épanouis que les autres ?
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  • Photo de Etienne Degiovanni non

    21 avril 2012, 13:34

    Etienne Degiovanni

    @Danièle Sala 

    "A t-il été prouvé que les enfants élevés par un couple homosexuel étaient moins heureux, moins épanouis que les autres ?". Ce raisonnement est très à la mode dans notre société de consommation, qui préfère constater les dégâts de tel produit a posteriori plutôt que de céder au principe de précaution (cf. amiante, bisphénol A, pesticides, ...). Malheureusement, un enfant, qui plus est adopté, n'est pas un produit et on doit donc respecter ce principe de précaution. Imaginez que justement l'on prouve que les enfants adoptés élevés par un couple homosexuel sont moins épanouis que les autres : les enfants étudiés auront été la génération sacrifiée pour satisfaire les désirs de personnes qui peuvent très bien avoir des enfants naturellement ! Or les enfants sont des êtres humains comme vous et moi, et non des produits que l'on peut tester. Cela est d'autant plus vrai pour des enfants adoptés qui sont souvent traumatisés par la perte de leurs parents. Ne rajoutons donc pas un autre changement (père/mère -> mère/mère ou père/père) aux nombreux changements que devra affronter l'enfant (culture, langue, amis, ...).
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  • Photo de Cédric Coutron oui

    21 avril 2012, 13:43

    Cédric Coutron Étudiant en philosophie & blogueur

    @Etienne Degiovanni 

    Sauf que les études sont réalisées dans les familles homoparentales qui existent déjà (car les familles homoparentales n'ont pas attendu d'être reconnues pour exister...), on ne constitue pas des familles homoparentales pour ensuite les étudier... Donc le principe de précaution, ici, est hors de propos.
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  • Photo de Etienne Degiovanni non

    21 avril 2012, 18:40

    Etienne Degiovanni

    @Etienne Degiovanni 

    Pour les enfants conçus naturellement par l'un des partenaires homosexuels, je suis d'accord. En revanche, aucune étude n'a pu être réalisée sur les enfants adoptés puisque l'Etat doit auparavant légaliser l'adoption par les couples homosexuels. Le principe de précaution est donc à propos pour les enfants adoptés et hors de propos, effectivement, pour les enfants conçus naturellement.

    Une reconnaissance plus forte du "parent social" d'un enfant élevé par un parent biologique homosexuel et son partenaire me gêne en fait beaucoup moins que l'adoption. La filiation de l'adoption plénière remplace la filiation biologique, alors que si on instituait un statut du "beau-parent", la filiation biologique resterait établie et donc identifiable par l'enfant qui voudrait connaître son père/mère biologique.
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  • Photo de Cédric Coutron oui

    21 avril 2012, 18:44

    Cédric Coutron Étudiant en philosophie & blogueur

    @Etienne Degiovanni 

    Sauf qu'en France, une personne "célibataire" peut adopter un enfant. Donc potentiellement une personne homosexuelle, et l'enfant vivra avec la possible compagne ou le possible compagnon du parent qui adopte.
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  • Photo de Etienne Degiovanni non

    22 avril 2012, 12:58

    Etienne Degiovanni

    @Etienne Degiovanni 

    Je suis d'accord avec vous et cohérent.

    Personnellement, je réserverais l'adoption aux couples hétérosexuels stériles. Je ne suis en effet pas sûr que l'adoption "humanitaire" ou pour éviter de grossir soit très bonne pour les enfants, même si le couple est hétérosexuel.

    De plus, la probabilité d'un deuxième traumatisme pour l'enfant est beaucoup plus important si la personne est seule, puisqu'il a beaucoup plus de chance de se retrouver à nouveau orphelin. En cas de consensus politique à trouver, je légaliserais l'adoption pour les homosexuels et interdirais celle pour les célibataires, car la première donne au moins une stabilité plus grande que la deuxième.

    Mais je suis d'accord avec vous que l'adoption pour les célibataires implique l'adoption pour les couples homosexuels. A l'époque de la loi, en 1966, personne n'imaginait les revendications actuelles des homosexuels. Il faut donc soit interdire l'adoption pour les célibataires, soit légaliser celle pour les homosexuels, les ménages à trois, les communautés hippies, ... En effet, à partir du moment où la famille n'est plus basée sur la nature, toute "communauté" amoureuse doit pouvoir adopter, quel que soit son nombre ou sa sexualité.
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