Wanted : nouvelles technologies

La «fracture numérique» persiste dans l'Éducation nationale, c'est ce que semble dire la deuxième édition du rapport du député Jean-Michel Fourgous sur la question. Même s'il relève de notables avancées et anticipe sur quelques progrès à [...]

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Michel Guillou
Blogueur sur www.neottia.net

Le numérique change les postures des profs et met à mal les valeurs de l'école de la République

J'ai déjà beaucoup écrit à ce sujet, comme d'ailleurs celles et ceux qui m'ont précédé dans ce débat. On trouvera ci-dessous bien des arguments pour l'alimenter. Voir par exemple :

http://gingko.neottia.net/post/15297973185/le-numerique-ca-devrait-etre-obligatoire
http://gingko.neottia.net/post/19008790632/numerique-a-lecole-des-paroles-paroles-paroles
http://gingko.neottia.net/post/20456598403/former-des-jeunes-citoyens-acteurs-de-la-societe

et, plus récemment, http://gingko.neottia.net/post/20842547648/nouveau-brevet à propos du diplôme national du brevet.

Je vais essayer, ci-dessous, de lister, sans trop développer, l'ensemble des éléments qui me font penser que, oui, l'école à raté complètement le virage du numérique et aussi, peut-être, de dire pourquoi ça ne risque pas de changer.

1. Il est impossible de développer les usages numériques sans une connexion de qualité à l'Internet. De ce point de vue, la situation en France est très inégalitaire et, là aussi, on a beaucoup donné aux riches et peu donné aux pauvres. Si on a la malchance de travailler dans une école ou un collège rural, on devrait se contenter d'un tout petit tuyau. Idem pour les matériels où la situation locale est très différente selon les collectivités selon l'impulsion qu'elles ont donné à ce chantier. On passe du désert à l'opulence, aucune des deux situations n'étant confortable. Et que dire des matériels inadéquats imposés à des professeurs qui avaient demandé autre chose ou.... rien du tout. Que dire des graves problèmes d'administration des réseaux ou de maintenance des matériels, non résolus ? L'État n'a pas joué son rôle de régulateur.

2. La formation des enseignants laisse globalement à désirer. Là encore, selon les académies, il n'y a rien (plus de crédits, c'est la formation qui en pâtit en premier) ou beaucoup, mais c'est beaucoup plus rare. De la part de l'État et des académies, aucune vision, aucune impulsion, des mécanismes grippés et, surtout, si peu de crédits !

3. De la même manière, l'accompagnement des équipes, l'encouragement des usages innovants, le soutien aux volontaires, la valorisation des bonnes pratiques laissent globalement à désirer (là encore, selon les endroits, c'est une inégalité criarde qui est la règle).

4. Plus grave à mon avis, la formation de l'encadrement est très très insuffisante. On s'attarde encore à former les chefs d'établissement et les inspecteurs selon des méthodes de management ancrées dans un autre siècle (millénaire ?). Et que dire du manque d'impulsion de ceux qui sont déjà en place, sans compter tous ceux d'entre les cadres qui, contre toute raison, sont capables dans les aréopages de théoriser contre le numérique ?

5. L'Institution elle-même n'est pas capable de donner l'élan nécessaire à la mutation obligatoire du système éducatif. Pour le ministère, c'est assez clair : le numérique n'est pas prioritaire. Il n'est qu'à observer les récentes et navrantes nouvelles dispositions concernant le brevet où le numérique n'est jamais pris en compte.

6. Le numérique éducatif est absent des grands débats politiques. Là où l'on sent que les politiques numériques se mettent en place dans tous les secteurs (économie, culture, associations, services publics), l'éducation y échappe. Les quelques et rares initiatives des conseils généraux ou régionaux ne laissent pas non plus percevoir de vision politique d'envergure, à la hauteur des enjeux.

7. Je rebondis sur l'excellent billet publié aujourd'hui dans Le Monde à http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/04/12/internet-fait-place-nette-dans-la-pedagogie_1683888_3232.html 
Je me permets cette citation qui illustre bien, je crois, la nature des défis qui sont proposés aux enseignants et à l'école : « La galaxie Gutemberg n'est plus. Le savoir est immédiat, disponible en permanence et dynamique. Il vient non du prof, mais des tuyaux d'internet. Qu'on le déplore ou non, c'est un fait. L'enseignant n'est plus ni le garant ni le conservateur d'un savoir graalisé et son flicage des élèves qui surfent sur internet vire au chant du cygne d'une pédagogie révolue et ne voulant pas faire sa révolution. »
C'est assez clair, je crois. Le nouveau rapport au savoir et aux connaissances, les pratiques numériques médiatiques massives des jeunes contraignent les professeurs à modifier en profondeur leur posture de maître seul transmetteur de la connaissance. Et c'est... très compliqué, trop compliqué.

Le retard pris en France est considérable. Il y a trois ans, j'étais plutôt optimiste. Je ne le suis plus.

Faute d'avoir apprivoisé le numérique en douceur, l'école devra faire sa révolution. Ça risque d'être un peu douloureux...

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Vous aussi, participez au débat :
L'école a-t-elle raté le virage du numérique ?

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