Chasse gardée

« La lutte contre l’insécurité fait partie de mes engagements. Que l’on ne vienne pas nous dire que la gauche aurait je ne sais quelle indulgence et la droite je ne sais quelle compétence. » Cette phrase a été prononcée par François Hollande, [...]

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Jean-François Launay
Dircom // blogueur : http://www.comonvousparle.fr

Faux-semblants et vrais défis

C’est la droite, par sa politique législative lancée en 2002 « un fait divers, une loi plus dure au mépris de l’existant » qui a biaisé le débat. Résultat : la notion de « compétence » en matière de sécurité se construit dans l’opinion publique selon des paramètres manichéens, au mépris de l’histoire.

En matière de sécurité, la droite a fait de la sanction pénale une fin en soi, sans relâche, niant jusqu’à la possibilité même qu’un accusé (ou un coupable) ait des droits. Elle flatte en cela le besoin de vengeance de la société. Sévère mais juste, en somme. La gauche, dans une posture plus humaniste, a toujours considéré que justice devait être faite mais sans cruauté inutile. Un manque d’empathie pour l’opinion publique qui la stigmatise pour ce qui apparaît comme de l’angélisme, de la naïveté.

Mais ce ne sont que des apparences. Car si on regarde deux exemples tout bêtes –l’un sur le terrorisme et l’autre sur la délinquance du quotidien-, on s’aperçoit rapidement que la gauche n’a jamais rechigné à durcir des textes pénaux et ce, sans racolage démagogique ou flirt avec l’inconstitutionnalité.

En plein service après-vente de l’affaire Merah, prenons l’exemple de la législation anti-terroriste en France. Le gouvernement Jospin fit voter en novembre 2001 la loi dite « LSQ » pour loi sur la sécurité quotidienne, quelques semaines après les attentats de New York. Une loi à tiroirs : obligation des fournisseurs d’accès de garder un an de mémoire sur les visites de sites internet et les mails de leurs abonnés (bien utile pour retrouver les clients du Boncoin.fr, par exemple), renforcement des fouilles sur « forte suspicion » dans des zones sensibles comme les aéroports, la pénalisation du refus des prélèvements d’ADN des personnes coupables d’infractions pénales pour versement au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), créé en 1998 par cette même gauche.

Autre exemple, moins spectaculaire : celui de la police de proximité instaurée par Michel Vaillant en 1998 et supprimée par Nicolas Sarkozy en tant que ministre de l’intérieur en 2003. Critiquée à l’interne par une Maison Poulaga qui a eu l’impression de déchoir en étant payée pour faire de l’îlotage intelligent, décrite comme un gâchis de moyens par la droite, elle est finalement rétablie par MAM sous une forme déguisée (les UTEQ) et ce, sous les quolibets des médias et de toute la classe politique. Et pour cause. Selon des sénateurs en charge de l’évaluation de la police de proximité historique, le mauvais bilan de cette dernière se serait expliqué partiellement par le "tournant" opéré en 2002 par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin : « d’une logique d’ordre public consistant à stopper les incidents sans pour autant interpeller, on est passé à la recherche de l’interpellation en flagrant délit des auteurs (d’infractions) ». Un autre rapport confidentiel daté de janvier 2010 sur les fameuses Uteq (Inspection générale de l'administration + Inspection générale de la police nationale + Inspection générale des services, quand même) conclue qu'elles sont « utiles et efficaces » dans un contexte où l'on observerait les attentes fortes d'un certain nombre d'élus, marqués par le souvenir de la police dite "de proximité".

Décidément, en matière de sécurité, les poncifs du genre ont la vie dure.

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Vous aussi, participez au débat :
Sécurité : la droite est-elle plus compétente que la gauche ?

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  • Photo de Richard Trigaux non

    02 avril 2012, 19:11

    Richard Trigaux blogueur, philosophe, artiste, écrivain, résident des mondes virtuels.
    Je ne suis pas d'accord non plus avec la politique consistant à faire une loi à chaque fois qu'un délinquant joue un tour. La loi se doit d'être générale, sans donner des coups de barre incessant à droite ou à gauche. Et c'est à la justice de décider des sanctions, en connaissance des éléments à charge ou à décharge.
    Des affaires comme Merah, aussi choquantes qu'elles soient, ne doivent pas être des occasions de chambouler les lois (a moins qu'elles ne révèle une faille du système, qu'il faut alors combler). Mais ces choses peuvent arriver n'importe quand, sous n'importe quel régime, dans n'importe quel pays,et quelles que soient les précautions que l'on prend. Ce n'est la faute de personne, il n'y a donc pas lieu de gesticuler... a moins qu'on veuille faire de l'exorcisme.
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    Répondre
  • Photo de Non connecté

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