Virage droitier, virage social

Des cadres de l'UMP critiquent le virage droitier de la campagne

Cela n'a pas traîné. Au lendemain de la défaite de l'UMP aux législatives, plusieurs de ses ténors ont critiqué la stratégie droitière adoptée par le parti lors des derniers scrutins.

A commencer par Jean-Pierre Raffarin, interrogé sur [...]

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Lucien Pambou

Pourquoi le centre droit constitue-t-il un poids mort dans la redéfinition stratégique de l’UMP ?

Après le deuxième tour des législatives, le premier parti de France dirigé naguère par Nicolas Sarkozy est en « miettes ». Cet émiettement a plusieurs explications : la variation de la doctrine de l’UMP depuis sa création en 2002 et les alliances mal définies avec le centre sensé lui apporter une touche humanitaire.

L’UMP créé par jacques Chirac, Alain Juppé et certains responsables centristes, a toujours poursuivi un objectif : gagner les élections et se présenter comme le pôle conservateur et de centre droit auprès des électeurs.

Le centre a été progressivement occupé par plusieurs acteurs politiques comme Bayrou, Borloo, Morin, Sauvadet. Les liens entre le centre et l’UMP n’ont jamais été analysés au fond. Quelles sont les valeurs que le centre doit apporter à l’UMP ? Comment l’UMP a-t-elle traité le centre ? Quels apports stratégiques au niveau de la pensée l’UMP pouvait-elle attendre du centre ?

A toutes ces questions et surtout depuis la défaite récente aux élections législatives et aux atermoiements de Bayrou et de Borloo pour tisser des liens forts avec l’UMP, force est de constater que le centre, « je devrais dire les centres », est mort au niveau de la doctrine qui finalement se résume uniquement à un positionnement ni droite, ni gauche, mais sans contenu réel.  

L’UMP est donc obligé de redéfinir sa stratégie après sa défaite aux élections législatives. Cette redéfinition doit emprunter les trois points ci-après.

  • 1.    Quelle est la place de l’UMP dans l’espace politique français ? Poser la question, c’est y répondre. L’UMP est un parti de droite, conservateur et qui valorise une compréhension de la société à partir de l’individu et de sa place en tant que responsable dans la société française. L’UMP a donc de la République une conception fondée sur deux valeurs centrales : liberté, responsabilité. Ces deux valeurs sont importantes lorsque l’UMP passe de l’approche individuelle à l’approche collective fondée par les groupes sociaux. Cette approche collective peut mettre l’accent sur la notion d’équité à préciser par rapport à celle d’égalité.
  • 2.      L’UMP est un parti de droite conservatrice mais sociale qui n’exclut pas les valeurs humaines. L’UMP doit clarifier, au-delà des élections, sa position, ce que d’aucun appelle les valeurs, dans les alliances avec le centre et les autres partis comme le Front National ou la gauche française au sens large. Il faut que le centre se définisse d’ailleurs lui-même sans être godillot de l’UMP. Avec le Front National, il me semble que le ni-ni est une absurdité. Il faut clarifier la situation : soit l’UMP annonce de façon définitive qu’il existe une porosité entre le Front National et elle-même et des alliances sont donc possibles, soit l’UMP refuse les valeurs du Front National (xénophobie, immigration, racisme déguisé, frontières nationales, déconsidération de l’Europe). Alors, on attend qu’elle le dise clairement sans être obligée de se contorsionner sous prétexte qu’elle vit ou qu’elle tient une maison commune avec les centres qui se définissent comme attachés aux valeurs humanistes et républicaines, comme le revendique en permanence le parti Radical valoisien, plus vieux parti de France, dirigé par Borloo. La stratégie du ni-ni est une stratégie du court terme et électoraliste et qui ne permet pas de structurer une doctrine, donc une pensée, donc une action à long terme.
  • 3.      L’UMP doit réfléchir sur son projet politique qui doit être fondamentalement républicain et patriote. Le projet politique permet de bâtir une stratégie et de se définir par rapport à d’autres partis.  On a reproché à Nicolas Sarkozy d’avoir « droitiser » sa campagne électorale empruntant un jour des thèmes au Front National, les récusant un autre jour. Ce voyage électoral de Nicolas Sarkozy dans l’espace politique français est justement lié à une absence de définition claire des valeurs qui structurent l’UMP, de ses alliances avec les centres et de son projet politique.

Pour moi, le centre n’existe pas, ce n’est qu’un supplétif électoral que l’UMP n’avait pas besoin de draguer. Borloo s’est fait prier comme s’il détenait la clef de l’élection de Nicolas Sarkozy. Les élections présidentielles et législatives ont montré avec la défaite de Bayrou et  l’élection de deux députés Modem et de quelques députés du Nouveau centre de François Morin, que le centre n’existe plus en France et qu’il revient à l’UMP de clarifier les choses sur sa doctrine et sur sa démarche stratégique. L’UMP doit donner une définition et un contenu sur les hommes et les femmes qui la composent et sur le projet politique pour la France de demain. Ne pas le faire, c’est continuer à errer comme des feux follets et c’est progressivement laisser à la droite populaire  la capacité d’organiser la vie de ce mouvement.

L’UMP est tombée dans une illusion. La société française est sociologiquement à droite mais elle reste dans ses comportements électoraux modérée et apte à la synthèse, mais à condition que les électeurs reconnaissent d’abord ce qui fait la spécificité du parti. L’UMP a perdu parce que nous sommes restés uniquement dans une stratégie de gouvernement et de réussite électorale sans nous remettre en cause dans notre identité et dans nos alliances avec le centre c’est vrai, mais surtout avec le Front National. Que les choses soient claires, le Front National a le droit d’exister car on ne peut pas récuser 6 millions de Français qui votent pour ce parti, en revanche, l’UMP a le droit de dire clairement ses rapports avec ce parti comme avec les autres.

Lucien Pambou Conseiller municipal UMP Alfortville

Professeur d’économie et de Sciences politiques

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UMP : après la défaite aux législatives, balle au centre ?

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