Bataille des prix

Selon l'agriculteur Pierre Priolet, un kilo de poires peut être vendu 17 centimes par le producteur à son distributeur... et coûter au consommateur jusqu'à 3,50 euros sur les étals des primeurs. Un «hold-up» selon l'agriculteur provençal, qui [...]

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Dante Febronio

CCCP : Circuits Courts et Commerces de Proximité, un outil pour les collectivités territoriales

A partir des années 50, le monde agricole a commencé à se tourner massivement vers la grande distribution et ses gros volumes de commande. Au fur et à mesure que les supers, hypers s'implantaient en se partageant le territoire français, puis se concentraient en seulement une demi-douzaine de grands groupes, bien avant les producteurs, les premières victimes de la grande distribution  périclitaient : Le commerce de proximité.

Les circuits courts

"AMAP !!! AMAP !!!, revendiquent les jusqu'au-boutistes comme la solution à tous les problèmes." Mais les jusqu'au-boutistes se trompent, parce que les jusqu'au-boutistes ne vont pas encore assez loin. Pour ceux qui l'ignorent, les AMAPs sont une des déclinaisons des circuits courts. Ce sont des associations de consommateurs responsables qui organisent eux-mêmes leur propre distribution alimentaire en passant des contrats directement avec un ou plusieurs producteurs. Ce sont des pratiques hautement respectables, mais ça reste des particuliers qui prennent de leur temps pour jouer à la marchande. Et dans les circuits courts, il n'y a pas que les AMAPs, les producteurs eux-mêmes s'y sont mis aussi, en vente directe sur leur exploitation ou sur les marchés. Avec un peu de provocation, ce ne sont que des paysans qui jouent à la marchande (blague à part, ceux-ci complètent leurs revenus insuffisants par beaucoup de temps de travail supplémentaire, alors on arrête de se moquer). Si on fait abstraction du rayon "commerce équitable-produits de région" de l'hyper, voilà toute l'offre actuelle des circuits courts : des initiatives individuelles, très motivées et responsables qui auraient du mal à être porter à une plus grande échelle. Car le but de l'agriculture c'est de nourrir tout le monde, pas seulement les militants qui ont du temps et les moyens.

Les paradoxes des circuits courts

Tels que pratiqués aujourd'hui en France, les circuits courts présentent deux paradoxes très étonnants.
Ils sont plus polluants que les circuits conventionnels longs. Même si les trajets sont par définition plus courts, les transports se font essentiellement sur la partie la plus polluantes entre le producteur et le consommateur, ce que les urbanistes appellent le dernier kilomètre. C'est un trajet en ville, avec une circulation très dense, auquel s'ajoute un aller ou retour généralement à vide (du moins on le souhaite pour les exploitants pratiquant la vente directe). La grande distri, elle, profite de réseaux logistiques très performants, optimisés disposant de matériels modernes et surtout elle déplace de très gros volumes. On a rarement vu un agriculteur allant au marché avec un semi-remorque ou un particulier ravitailler son AMAP avec un 38 tonnes Berliet flambant neuf. Même si les distances parcourues par les produits sont sans aucune mesure par rapport aux circuits courts, la pollution ramené au poids transporté est largement inférieure pour les circuits conventionnels longs de la grande distribution. Bref, pour sauver la planète étouffons les agriculteurs locaux et mangeons des produits "frais" qui ont déjà plusieurs milliers de kilomètres au compteur.
Autre paradoxe, c'est la grande distribution qui fixe les prix des circuits courts. Dans les AMAP, les consommateurs responsables et militants sont d'accords pour payer un peu plus cher des produits qu'ils considèrent de meilleurs qualité ou simplement de par leur conviction que le producteur doit être rémunéré équitablement. Mais un peu plus cher, c'est donc par rapport aux prix de la grande distri, les couts de production et les marges ne rentrent pas en considération sauf prendre en charge la gestion comptable de l'exploitant. Pour l'exploitant en vente directe, ses couts de production (auxquels doivent s'ajouter ceux de distribution) n'interviennent pas non plus dans l'élaboration du prix, c'est la concurrence, donc l'hyper le plus proche, qui sert d'étalon. Même si à marge égale, le producteur était moins cher que la grande surface, ses volumes de vente bien inférieurs ne lui permettent pas de casser les prix. De plus son premier argument de vente c'est la qualité présumée supérieure de ses produits, il a donc tout intérêt à ce que ses prix soient proches de la grande distribution. Cela ne lui garantit pas néanmoins de faire fortune avec ses faibles volumes de vente et ses couts de distribution élevés pour chaque kilo vendu.

La mort du petit commerce

Et le commerce de proximité ? Quel rapport entre les circuits courts et l'épicier de quartier ? Le commerce de proximité et les producteurs sont fâchés. Les premiers considèrent les seconds comme des traitres vendus à la concurrence déloyale qui les ont laissé tomber (Non, vraiment, y'avait plus que mon grand père épicier à penser ça). Et les seconds prennent les premiers pour une bande de petits commerçants archaïques avec leurs petites commandes ridicules prêts à s'en mettre plein les poches en vendant leurs produits à prix d'or.
Avec la grande distribution, les commerçants indépendants soit ont mis la clé sous la porte, soit se sont mués en petits commerces de dépannage. Cela s'est traduit par évidemment la chute de leur nombre, leur disparition en campagne, mais aussi par la baisse de la surface des commerces et la quasi disparition de leurs capacité de stockage. Les entreprises qui assuraient leurs livraisons ont aussi changé. Celles qui n'ont pas disparues se sont tournées vers les collectivités, obligeant ainsi la plupart des commerçants indépendants à assurer par leur propres moyens leur approvisionnement auprès des centrales d'achats. Les commerçants livrés quotidiennement dans les années 50-60, se sont mis à jouer les chauffeur-livreur-débardeurs à bord de leur vieux break. Et, comble de tout, en passant par les centrales d'achats, ils se retrouvent avec quasiment les mêmes produits que la grande distri qui, encore une fois à cause de faibles volumes de ventes, sont beaucoup plus chers en rayon.

CCCP

Rien à voir avec l'URSS (ou alors juste pour la provoc'). Traduisez ça par Circuits Courts et Commerces de Proximité. Associer exploitants agricoles et les commerces de proximité indépendants dans une philosophie de circuits courts aurait beaucoup d'avantages. Ca permettrait d'abord de remédier au moins partiellement aux deux paradoxes expliqués plus haut. En fédérant, légèrement, les commerçants en regroupant leurs commandes auprès des exploitants on pourrait ainsi mieux déterminer les prix de gros et partager les coûts de transport tout en en réduisant les nuisances. Les exploitants se rassemblent pour établir des prix qu'ils jugent corrects et raisonnables à la fois pour eux et leurs clients, les détaillants. L'idée directrice c'est d'offrir au consommateur un réseau de distribution simple, robuste et attractif de produits locaux réputés de meilleur qualité. Cela pourrait être aussi un outils de développement extrêmement puissant pour les producteurs et commerçants en permettant aux uns et aux autres de redevenir maîtres de leurs prix.

Rôle des collectivités territoriales

C'est une sorte de corporatisme verticale, de la graine au cabat, mais il manque encore un élément essentiel pour éviter les dérives du corporatisme en particulier en ce qui concerne les ententes sur les prix (même si la grande distri parfois ne s'en prive pas). Il manque un arbitre qui veillerait aux intérêts de tous y compris du consommateur. Et l'arbitre idéal, c'est le décideur politique, dans le cas des circuits courts ce sont en fait les collectivités territoriales. Celles pour qui votent producteurs, commerçants et consommateurs, et qui perçoivent également des taxes de ceux-ci. Justement, il reste un poste central à fournir : le transport. L'idée est simple, créons une régie publique et gratuite de transport de marchandises entre les producteurs et les commerçants de proximité financée intégralement par les collectivités. Si les jusqu'au-boutistes avaient un jour rêvé de généraliser les AMAPs, les rendre accessibles à tous voilà un moyen de le faire. Après tout les AMAPiens acceptent de payer un peu plus cher pour préserver l'agriculture locale, appliquons ça à tous les contribuables. Sauf que... une régie gratuite financée par les taxes ne serait pas une mauvaise affaire pour les collectivités. L'avantage des circuits courts c'est que ses intervenants sont soumis aux mêmes collecteurs d'impôts. Augmentez le dynamisme économique donc les revenus de ces intervenants revient à augmenter les ressources à taxer sans forcément augmenter les taux. Et ces acteurs économiques (contrairement à la grande distri) se fournissent et consomment dans ces mêmes zones économiques. Mieux, s'ils embauchent (si ça marche il faudra y penser) ce serait dans les mêmes bassins d'emploi, parmi leurs consommateurs. De la graine au cabat... à l'assiette les collectivités territoriales y gagnent. Donc des recettes en plus et pas de hausse des impôts.

Peut-on réduire les marges de la grande distribution ? Non... Tant qu'un circuit alternatif n'existe pas. Et oui, si on sort un peu de la grande distribution. Les agglomérations qui voient leurs périphéries se changer en quartiers résidentiels dortoirs et leurs centre ville en désert commercial devraient commencer à dialoguer avec leur conseil régional ne sachant plus quoi faire pour sauvegarder leur agriculture. Pierre Priolet, qui me reconnaîtra peut être, a raison mais il ré-invente la roue dans son réseau de distribution, il reste encore assez de commerçants indépendants pour amorcer un cercle vertueux qui pourrait créer d'autres points de vente facilement avec des vrais commerçants (car c'est un métier Pierre).
S'agissant du Bio, un circuit alternatif tel que je viens de le décrire serait un atout pour le bio, afin qu'il soit enfin un argument de vente et non un moyen d'augmenter les prix. De plus, au delà d'un concurrent à l'agriculture conventionnelle, le bio peut être... devrait être un moteur pour les autres produits.

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Vous aussi, participez au débat :
Produits agricoles : peut-on réduire les marges de la grande distribution ?

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  • Photo de Au du Gastronome

    06 mars 2012, 09:30

    Au du Gastronome
    Voici un article intelligent qui mérite qu'on s'y arrête... et qui porte à réfléchir.
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    Répondre
  • Photo de Non connecté

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