Républicains et Libéraux ont des réponses divergentes

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Marc Michel
Philosophe, écrivain

Le fait de relier "salut"' et "Etat" révèle que nous sommes toujours prisonniers du mythe politique

Le fait de poser cette question reste révélateur du fait que nous sommes toujours prisonniers de l'illusion de la nécessité de l'Etat, entendu comme seul moyen de parvenir à notre salut ou si vous préférez notre bonheur et de manière plus dangereuse encore, du mythe de l'Etat comme seule voie d'existence.

Avant de répondre "oui" ou "non" à cette question, il faudrait déjà analyser si les notions de "salut" (c'est-à-dire l'accomplissement de la personne dans son humanité) et d'Etat (c'est à dire une certaine forme d'organisation) sont nécessairement liées.

Les arguments du "oui" voient dans l'Etat la garantie du respect du droit, c'est à dire de règles qui permettent à chacun de poursuivre son intérêt individuel sans empêcher la coexistence de tous les autres intérêts. Les arguments du "non" quant à eux, arguent la liberté individuelle opprimée, la violence intrinsèque de l'Etat, son illégitimité, etc.

Pourtant, je pense, pour ma part, que le débat est toujours faussé. La première aliénation est de croire, c'est à dire de lier de façon nécessaire le salut de la personne et l'Etat. Cette croyance s'inscrit cependant dans la fausseté et on touche là au mythe même du politique: pour que l'ordre règne, il faut faire adhérer la masse à un mythe, à une puissance ordonnatrice supérieure, transcendantale qui la dépasse.

Alors qu'autrefois, le mythe était affaire de religion, le XXème Siècle a été celui du glissement du mythe du domaine religieux au domaine politique. Carl Schmidt, philosophe nazi, réclame dans sa "Théologie politique", le plein sacrifice de la personne à l'Etat, tout comme l'Eglise demande à ses fidèles le plein sacrifice à sa cause (Dieu).

Pourtant relier les notions de "salut" et d'"Etat" ne résout pas leur division première et l'angoisse que cette division suscite: notre salut n'est il pas à trouver d'abord dans une ascèse pouvant nous mener à une vie pleinement humaine face et avec Autrui ? Affaire à suivre...

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Vous aussi, participez au débat :
Notre salut passe-t-il par l'État ?

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  • Photo de Armand Stroh

    18 mars 2012, 17:39

    Armand Stroh Enseignant retraité . Membre de l' Association Ultime Liberté
    Je suis d' accord avec vous quand vous parlez des États réels actuels.

    Mais certains points me posent problème dans votre analyse :
    - Le mot "salut" - religieusement connoté - me semble trop délicat à manier.
    - Lorsque vous proposez à la place comme objectif commun la recherche du "bonheur" , comme beaucoup de positions philosophiques "utilitaristes" , ou encore "eudémonistes" , ou "hédonistes" , je ne partage pas de la même façon cette idée. Je préfère poser comme objectif commun la Liberté, pour autant que son exercice soit également partageable , chacun étant libre de chercher le "bonheur" ... où il l' entend.
    De toutes façons, je ne vois pas comment je pourrais être "pleinement heureux" aussi longtemps que je n' aurais pas, avec d'autres en effet, suffisamment participé à construire les conditions d' une Égale Liberté.
    Sans autre limite future que le partage"égal" de ces libertés avec quiconque acceptera réciproquement cette même finalité et cherchera à la mettre en œuvre d'une façon ou d'une autre qui peut être très "différente" culturellement , mais qui serait aussi attentive au devenir de l' "Égale Liberté" des autres.
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    18 mars 2012, 18:40

    Marc Michel Philosophe, écrivain

    @Armand Stroh 

    Je pense qu'en réalité, nous sommes beaucoup plus proches que vous ne le pensez. En effet, l'usage du mot "bonheur" dans mon intervention n'était en aucun cas une porte ouverte à l'utilitarisme ou l'hédonisme, dont je suis très loin d'être un partisan.Selon moi ces théories philosophiques sont davantage esclaves suiveuses de la réalité politique plutôt que critiques approfondies sur les fondements même des questions de pouvoir.
    Faire croire à la masse que l'existence de chacun est impossible sans l'Etat est un des piliers du pouvoir politique, c'est à dire la justification mythologique (non fondée en raison, mais seulement au seuil de la croyance) de la domination (violente et injustifiable) de certains sur d'autres;
    Vous aviez effectivement bien compris le danger de l'alliance entre "salut" (à connotation plus ou moins religieuse, du moins très orienté sur le développement de l'être humain dans toutes ses facultés) et de l'"Etat".
    Mon propos était de montrer 2 choses:
    -l'Etat ne peut réclamer à lui seul la main-mise sur les existences personnelles
    -L'Etat n'est pas la seule forme d'organisation possible.
    -Répondre oui à la question, c'est mettre en péril la question même de la Liberté, que vous évoquez égalemen
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    18 mars 2012, 18:46

    Marc Michel Philosophe, écrivain

    @Marc Michel 

    Notre débat m'étonne toujours quand je le rencontre dans la vie quotidienne: la grande majorité parmi ceux qui réfléchissent ou qui commencent à songer à leurs conditions d'existence se dirigent naturellement vers des idées anarchistes. Nous sommes déjà deux à en discuter.
    Pourtant-le paradoxe est là-personne n'a le courage de faire le pas et de commencer à agir pour mettre en place concrètement cet anarchisme/anarchie, fondé sur la liberté et l'égalité humaine :liberté et égalité mis ensemble forment simplement la notion de justice...
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    30 août 2012, 23:41

    Gidmoz Gidmoz ingénieur, libertarien, école autrichienne d'économie, chercheur en science économique
    @Marc Michel
    Je partage certains points fort de votre analyse de l'illusion des relations entre l'Etat et le citoyen. On peut trouver dans mon article ci-dessous, des ressemblances avec votre analyse.
    http://gidmoz.wordpress.com/2011/03/02/letat-illusionniste/
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