Assassinats politiques?

Des manifestants tunisiens accusent le parti islamiste Ennahda d'être à l'origine du meutre de Chokri Belaïd

Deux ans et demi après la «révolution du jasmin», l'assassinat de l'opposant Mohamed Brahmi jeudi 25 juillet, cinq mois après celui de Chokri Belaïd, provoque de nouvelles tensions en Tunisie. Peu après l'incident, de nombreux manifestants se [...]

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Dounia Bouzar
Anthropologue du fait religieux, chercheur au cabinet Cultes et Cultures Consulting

Le mélange politique-religion ne permet jamais d’établir un climat de sécurité pour la libre pensée

Face à un Occident qui prétend avoir « tout inventé » et oublie de mettre en avant les interactions entre par exemple Averroès et le siècle des Lumières, les islamistes se positionnent en miroir, voulant prouver que c’est en réalité l’Islam qui a tout inventé. Or chercher des solutions exclusivement dans les textes sacrés ne peut mener - à un certain moment – qu’à l’anachronisme et à la sublimation des dits textes : il suffirait d’appliquer « le vrai islam », pour que tout soit parfait. « Se réduire» aux textes religieux empêche de prendre en compte les données subjectives, la répercussion des processus sociaux, culturels et historiques dans l’interprétation du texte religieux... Cela empêche de prendre conscience qu’une interprétation est toujours humaine, en écho avec le contexte anthropologique de l’époque. Autrement dit, cela empêche le processus d’historicisation d’une religion, qui seule permet la remise en question des interprétations des premiers siècles. C’est pourtant ce que commencent à faire, dans les grandes villes modernes des pays arabes ou européens, les féministes musulmanes, à la suite des juives et des chrétiennes, qui replacent le message du Prophète Mohammed dans son histoire propre et rappellent qu’une législation n’a aucun sens en dehors des finalités morales qu’elle vise à servir. À partir de leurs expériences en contexte moderne, et surtout de libre pensée, elles commencent à faire la distinction entre les principes de l’islam eux-mêmes et leur aspect historique. Le mélange entre politique et religieux va stopper ce processus à peine émergeant. C’était déjà l’absence de démocratie qui a obligé les grands penseurs musulmans à s’exiler pour pouvoir penser librement.

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Vous aussi, participez au débat :
Faut-il avoir peur des islamistes au pouvoir ?

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  • Photo de Bender Kervern non

    28 juin 2012, 14:33

    Bender Kervern
    Vous qui connaissez pourtant l'Islam devriez savoir qu'il existe des partis dont l'idéologie proclamée est la "démocratie islamique". Avec comme principe une charia très très libérale puisque le Coran et la Sunna seraient pris comme un ensemble de valeurs et non comme un ensemble de règles et de sanctions strictes.

    Cet Islam là, il s'apparente plus à une simple idéologie de parti conservateur "de culture musulmane", rien de plus. Il n'est donc pas un problème pour la démocratie. D'ailleurs, certains de ces Islamistes considèrent que la sécularisation basée sur les valeurs de l'Islam est la voie (=charia).

    L'ennui en revanche, c'est de laisser des Islamistes prônant une vision littéraliste des textes. Ce genre de partis devraient être interdits et inéligibles.
    J'irais même plus loin : les prédicateurs, savants et imam avec ce genre d'idées ne devraient guère avoir le droit d'exercer.

    Mais quel dirigeant Arabe aurait le courage de bâtir une démocratie avec des règles si strictes ?
    0 1
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