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Algérie : déjà 50 ans d'indépendance

François Hollande se rend en Algérie, mercredi 19 et jeudi 20 décembre. Il s'agit de la troisième visite officielle d'un président de la République, depuis l'indépendance du pays, il  y a 50 ans. Un  déplacement délicat pour le chef de l'Etat [...]

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Adlène Meddi
Rédacteur en chef d'El Watan Week-end

La repentance, un terme instrumentalisé par des lobbies qui ne veulent pas de l'amitié franco-algérienne

Le mot «repentance» a été inventé et amplifié par les cercles de droite et quelques groupes mémoriels en France pour compliquer ce processus qui s'était déclenché depuis la reconnaissance des mots «guerre d'Algérie» au lieu d'«évènements d'Algérie» en 1999. L'Algérie n'a jamais demandé de «repentance». En 2003-2004, le président algérien a demandé une reconnaissance des crimes commis, ce qui est différent. On ne demande pas à la France de se mettre à genoux. L'Histoire est faite de guerres, de massacres puis de réconciliations.

L'Algérie demande que des mots apaisants soient prononcés au sujet de cette histoire ; c'est un processus qui a déjà commencé en France, dès 1999, avec Chirac et puis Sarkozy -, qui a reconnu à Constantine devant des étudiants que le système colonial était injuste - et qui se poursuit. Cela prend du temps parce que, même dans l'opinion française, il faut ménager beaucoup de catégories de population, comme les Pieds-Noirs, comme les Harkis, parce que là aussi il y a des questions douloureuses à traiter, et nous en sommes bien conscients du côté algérien. La «repentance» ne devrait pas être mise sur la table parce qu'elle bloque ce processus-là.

En ce qui concerne la question de la mémoire de la guerre d'Algérie, au niveau populaire et au niveau de la société algérienne, les Algériens ont dépassé tout cela depuis très longtemps, parce qu'ils sont conscients qu'ils n'ont pas combattu la France, mais un système colonial injuste. Ils n'ont jamais combattu la France.
Il suffit de regarder les chiffres de l'émigration après la guerre d'Algérie, les Algériens vivent et travaillent en France, ils ne sont pas partis en Egypte, ni au Mali.

Regardez comment les Français vivent dans ce pays, regardez le nombre de couples mixtes en Algérie et en France. Sur ce plan-là il n'y a pas de crispation.
Parfois les crispations sont créées par des groupes politiques, des deux côtés d'ailleurs, on peut parler de la droite en France comme des islamistes ici et de quelques conservateurs qui utilisent la surenchère autour de la mémoire.

Mais généralement il n'y a pas de véritable crispation, il y a beaucoup de sujets à traiter, les essais nucléaires, les mines françaises qui continuent à faire des morts chez les Algériens, les biens culturels spoliés, etc... Mais de manière apaisée.

Les Français ont donné aux Algériens les cartes des mines pour les aider à déminer. Et il y a une commission mixte qui travaille sur l'indemnisation et le nettoyage des zones où il y a eu des essais nucléaires. Il y a des commissions qui s'occupent des biens des Pieds-Noirs, il y a plein d'initiatives. Mais il y a aussi des cercles, des lobbies qui ne veulent pas que les choses avancent et qui essaient de bloquer ces processus.

Pour les jeunes Algériens d'aujourd'hui, c'est encore différent. Pour eux, c'est le régime qui doit demander pardon d'abord, avant l'Etat français. Et c'est vrai qu'il y a encore beaucoup de choses à faire au niveau de la justice sociale, de la démocratie, des droits de l'Homme, de la liberté d'expression, de l'égalité hommes-femmes en Algérie. Il y a beaucoup de difficultés dans ce pays et il est normal que la jeunesse algérienne regarde la situation actuelle plutôt que la guerre d'indépendance, qui a été prise en otage par le régime et par plusieurs groupes politiques afin de se partager la rente de ce pays.

Donc le discours de la jeunesse est compréhensible. Quand vous parlez à ces mêmes jeunes, au sujet de la relation avec la France, ils disent tout le temps : «le plus important c'est qu'on soit sur un pied d'égalité et que le passé ne nous serve qu'à construire une égalité». Et c'est très fort chez les Algériens, ce besoin d’égalité. C'est le régime qui doit demander pardon à cette génération sacrifiée qui a vécu la guerre civile, le chômage, etc...

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Vous aussi, participez au débat :
Algérie : la France doit-elle s'excuser ?

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ddacoudre . militant à la retraite.
C'est à la BELGIQUE de s'excuser auprés des ALGERIENS.