Exploitation

Aucun pays occidental ne tolérerait une entreprise de 430 000 employés dépourvue de syndicats, employant 5% d’enfants, exigeant plus de 12 heures quotidiennes de travail sans pauses, sur des chaînes de production où les ouvriers ne peuvent ni [...]

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Jean Huet
Co-président de la Fédération Artisans du monde

Il y a un rôle individuel, mais aussi un travail collectif à mener

Les consommateurs ont bien entendu un rôle à jouer dans leur consommation. Ils peuvent connaître la provenance des produits et choisir des produits différents, du type commerce équitable et production locale. On parle souvent dans ce cas de « consom’acteur » ou de consommateurs citoyens.

Pour autant, nous sommes dans une société de consommation, avec des choix proposés qui sont parfois limités et une publicité qui nous amène à consommer tel ou tel type de produit. Il est donc parfois difficile de résister et de faire des choix plus éthiques, sociaux, environnementaux, responsables...

Il y a donc un rôle individuel qu’il faut prendre en compte, mais aussi un vrai travail collectif à mener, et donc un travail d’éducation pour aller vers un autre mode de consommation afin que les entreprises, comme Apple ou Total par exemple, puissent rentrer dans des règles sociales et environnementales plus dignes. Le collectif de l’Éthique sur l’étiquette a beaucoup travaillé à l'époque justement sur toutes ces questions d’éthique. Sur les fabrications de jeans par exemple, fabriqués dans des conditions de travail assez pitoyables, il y a eu des avancées. Mais on sait aussi que c’est une manière pour les entreprises de se donner une nouvelle image.

Nous avons été à un moment, y compris au sein d’Artisans du monde, dans une logique consistant à parler uniquement de la responsabilité du consommateur. A force d’en discuter, nous nous sommes rendu compte qu’à un moment donné, si nous restons dans cette logique, on culpabilise l’individu. Or il n’est pas le seul responsable, chaque personne est imbriquée dans une société. Il faut donc, via des choix collectifs, la politique et la mobilisation (pétitions, campagne, éducation, etc), imposer aux entreprises des choix de production différents.

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Vous aussi, participez au débat :
Le consommateur est-il complice des entreprises dont il achète les produits ?

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  • Photo de Gil PCHL oui

    10 février 2012, 09:46

    Gil PCHL
    Jean, je partage votre point de vue, mais permettez moi une petite remarque.
    Vous citez notamment Apple parmis les entreprises non éthiques aux côtés de Total, certes, Apple a certainement des progrès à faire en matière d'éthique, mais c'est l'arbre qui cache la forêt, car elle est bien pratique, la très "trendy"  critique éthique d' Apple en ce moment, pour éviter de regarder là où ça fait vraiment mal, c'est à dire là où nous avons chacun des leviers pour agir et où nous agissons pas, où nous acceptons le pire sans mots dire.
    Sans citer de marques, il y en aurait trop, prenons des exemples simples et criants ( pour ne pas dire hurlants) comme l'alimentation, l'horreur de la réalité de l'alimentation carnée, de la consommation des laitages, des médicaments, des pesticides sur nos fruits et légumes, les ogm, l'immonde alimentation de la restauration collective, celle qu'ingurgitte nos enfants alors qu'ils leur faudrait le meilleur si l'on avait un peu de dignité et de respect.
    Mais cette dignité et ce respect de nous même, d'autrui : l'enfant, l'animal, le vulnérable...  nous ne pouvons l'incarner que si nous voulons nous responsabiliser un tant soit peu pour devenir adulte. Mais devenir adulte, c'est accepter les responsabilités
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  • Photo de Gil PCHL oui

    10 février 2012, 09:57

    Gil PCHL

    @Gil PCHL 

    Suite:
    Mais cette dignité et ce respect de nous même, d'autrui : l'enfant, l'animal, le vulnérable... nous ne pouvons l'incarner que si nous voulons nous responsabiliser un tant soit peu pour devenir adulte. Mais devenir adulte, c'est accepter les responsabilités que nous pouvons assumer, c'est un processus extaordinaire qui fait peur à la plupart d'entre-nous, tout simplement parce que la culpabilité et la cupidité nous enlise dans une infantilité pseudo confortable, les propagandistes l'ont bien compris et ils s'en servent sans compter, leur but: que l'enfant roi règne, que la pensée soit absente, que l'être soit nié au profit du consommateur, du travailleur, de l'électeur, docile à souhait sans en avoir l'air bien sûr, et surtout qu'il se range du côté de son maître, de son bourreau.
    Que les plus éclairés, les plus libres, les plus libérés montrent le chemin, que les plus courageux s'engagent à changer leurs croyances et leurs comportements, nous avons des leviers, il faut agir tant que faire se peut, ne jamais oublier que des pleuples aveugles, par peur, par conformisme, par infantilisme, ont permis le pire.
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  • Photo de Jean Huet non

    10 février 2012, 17:42

    Jean Huet Co-président de la Fédération Artisans du monde

    @Gil PCHL 

    Ta réaction est intéressante et complète ce débat. Ce sujet ne se résume donc pas à d'un côté responsabilité des individus et de l'autre celle des entreprises. C'est un tout. On pourrait dire regardons en même temps consommateurs et marques non éthiques.
    Pour compléter mon avis suite à ta réaction. Je dirais qu'à Artisans du Monde, nous ne sommes pas pour une culpabilisation de l'individu mais pour pointer avec lui les dysfonctionnements du système économique actuel.
    L'individu, vous, moi, est responsable de devenir un citoyen et de participer de fait à la vie publique. Il peut dès lors exiger, par ses choix politiques et par l'intermédiaire de ces représentants politiques, que de nouvelles règles internationales exigeantes en matière sociétales et environnementales soient établies.
    En finir avec les mécanismes non démocratiques et opaques des OMC, FMI, Banque mondiale qui laissent le bon rôle à des intérêts de grands groupes transnationaux. C'est pourquoi nous pratiquons un autre commerce, équitable dans notre cas, et que nous relayons un message politique pour d'autres choix de société.
    A Artisans du Monde, on le sait "l'Histoire nous appartient, c'est le peuple qui la fait" comme le disait Salvador Allende en septembre 1973.
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  • Photo de Gil PCHL oui

    10 février 2012, 18:22

    Gil PCHL

    @Gil PCHL 

    Respect Jean.
    merci pour votre engagement.
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  • Photo de Pierre Huet

    12 février 2012, 03:36

    Pierre Huet
    si les grands groupes financiers, dont par essence, l'éthique n'est point la priorité, prospère, il est bon de se poser la question de leur réussite.
    Dans ce type de holding, les dividendes sont les seuls maîtres: on réduit la masse salariale, on augmente la production, on investit peu dans l'avenir rendant ainsi la sécurité de l'emploi à long terme chimérique et on ne s'attarde que sur les chiffres. on produit donc plus, on produit ce qui se vend à un prix que les gens accepte de payer. Il devient dès lors extrêmement difficile de distinguer ce qui est de la consommation non raisonnée d'un soutien à des holdings ou fonds de pension peu éthiques. Toutefois, je me rattache également aux minoritaires non, car en effet, peut-être que cette fameuse génération Y que nous sommes, habitués très jeunes à tout avoir, s'est laissé bander les yeux. Fort heureusement, tel que le dit Platon dans son allégorie de la caverne, tous ne se sont pas laissés aveuglés et quand bien même pourrait-on considérer que cette génération soit perdue sur la question pour une grande majorité, celle qui suit peut-être éduqué à une consommation éthique et raisonnée. "On n'hérite pas de la Terre de nos ancêtres, on l'emprunte à nos enfants" disait Saint-Exupéry, o
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  • Photo de Pierre Huet

    12 février 2012, 03:47

    Pierre Huet
    alors rendons-la tel que nous aurions aimé la trouver.
    Mais au dela de l'éducation de nos enfants, cette question d'une production de biens ou de services éthiques trouvera sa solution le jour où les peuples se soulèveront contre ses pratiques, et d'une seule voix. La logique d'une entreprise est simple: elle doit faire des bénéfices pour en reverser une grande partie à ses actionnaires. comment les rendre éthiques: en tapant là où elles ont l'ame sensible: au portefeuille. Que le non respect de l'environnement ou de règles sociales éthiques deviennent plus lourd financièrement que leurs respects et elles s'aligneront. Le problème actuel est que les pays en voie d'industrialisation, les pays non plus émergeant mais qui sont devenus des icebergs inversés au 9/10 hors de l'eau ne sont pas prêt actuellement à céder le pas à des règles humanistes et de terriens responsables et trouvent des commanditaires.
    Ma réponse à la question originelle sera donc: oui le consommateur permet à ces entreprises de prospérer donc en est complice même par omission, mais NON car l'opinion publique, qu'elle soit nationale, européenne voire mondiale, est le seul levier apte à faire réagir les états et les entreprises. Donc le consommateur peut en effet
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  • Photo de Non connecté
  • Photo de Pierre Huet

    12 février 2012, 03:48

    Pierre Huet
    le consommateur peut en effet être le terreau de ces marques non éthiques (au fait vous oubliez NIKE au passage, ils ont fait fort également) mais il en est aussi le potentiel insecticide................................
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  • Photo de Nicolas QC oui

    01 septembre 2012, 21:39

    Nicolas QC
    Je suis d'accord avec votre description, mais votre orientation est dans ce cas plutôt "[Oui], le consommateur est complice des entreprises dont il achète les produits", car qui dit complice, dit forcement implication des 2 partis, le but de l'argument n'est donc pas de blâmer 1 seul des 2.
    Je comprend qu'à "Artisans du Monde" vous ne vouliez pas culpabiliser le peuple, mais l'effet aurait été le même en étant pour l'argument de base, en expliquant tout de même la demi mesure. Cette orientation aurait à mon avis plus respiré votre réel engagement, "pour un meilleur avenir".

    Ce n'est qu'un détail :) Je plussoie sinon votre argumentation et vous félicite pour votre engagement !
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    Répondre
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