Service public

«L'hôpital doit être considéré comme un service public et non comme une entreprise», a déclaré François Hollande, en visite à l’hôpital Robert-Debré, à Paris, jeudi 2 février. Il a rappelé son ambition d’en finir avec l’alignement des tarifs [...]

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Olivier Youinou

Il s'agit de livrer l'hôpital public au secteur marchand d'ici à 2018

Qu'entends-t-on par géré comme une entreprise? S'agit-il de soumettre l'hôpital à la loi du marché, au nom de la sacro-sainte concurrence libre et non faussée que l'on nous vend comme moteur d'excellence ? S'agit-il de soumettre l'hôpital au principe de rentabilité, d'efficience dans la course à l'équilibre financier ?

Gérer comme une entreprise consiste-t-il à produire à moindre frais pour dégager toujours plus de marge ? Gérer comme une entreprise consiste-t-il à faire faire par des travailleurs moins qualifiés puisque moins bien payés ?

S'agit-il de baisser les coûts de production pour dépenser moins dans un premier temps et pourquoi pas gagner plus dans un second ?

Si nous sommes ici au centre du débat alors la question centrale n'est pas de savoir s'il faut gérer l'hôpital comme une entreprise mais plus précisément s'il faut continuer de le gérer comme une entreprise.

La libéralisation de notre système de santé est en cours et l'hôpital en paye son tribut. Les lois successives de tarification à l'activité (T2A), la loi hôpital patient santé territoire (HPST) dite "loi Bachelot", introduisent la notion de compétition entre pôles d'un même établissement pour l'une, la compétition entre établissements publics pour l'autre... déclinaison sanitaire d'un trop célèbre dégraissage du mammouth, pour mieux livrer l'hôpital au secteur marchand d'ici à 2018, car il s'agit bien de cela.

A coups de restructurations, de fermetures de service voir d'hôpitaux, l'objectif est de baisser l'offre de soins publique, baissant d'autant les coûts de  fonctionnement. Tout s'envisage dès lors, fermetures de maternités dont l'activité dépasse pourtant largement les minima requis, diminution des centres d'accueil  des urgences chirurgicales de nuit, pour ne citer que deux exemples mais significatifs.

Cette même logique de rentabilité permet aujourd'hui de revenir sur les bonnes pratiques notamment en matière de sécurité quand sous couvert d'un protocole d'accord entre professionnels de santé, on permet de faire des actes par des personnels sous qualifiés n'ayant reçu qu'une succinte formation dans le seul intérêt de les payer moins.

Alors, assurément non, l'hôpital ne doit plus être géré comme une entreprise, il nous faut revenir à l'excellence et la proximité qui faisait de notre système de santé le meilleur du monde il n'y a pas si longtemps... En matière de dégradation il n'y a pas que la perte du triple A qui doit nous alerter. L'idée forte et républicaine de l'égalité d'accès pour tous à la santé quelques soient nos origines sociales, ethniques, nos moyens, notre lieu de résidence, voilà le phare, parce qu'il doit répondre avant tout à cet idéal, prodiguant des soins plus que produisant du soin, l'hôpital doit rester un service public, pas une entreprise.       

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Vous aussi, participez au débat :
Un hôpital doit-il être géré comme une entreprise ?

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  • Photo de Olivier Toma

    09 février 2012, 05:25

    Olivier Toma
    pas si simple...
    Gérer comme une entreprise ce n'est pas un gros mot.
    il est possible de gérer et de garantir sécurité des soins et qualité, encore faut il s'en donner les moyens. Le secteur hospitalier est malade, les taux d'absentéisme son record, les taux de suicide aussi, et les fonds de pension etrangers achètent à tour de bras nos cliniques privées. L'opposition entre le secteur public et privé est stérile, il est le ciment de cette dégradation continue. nous avons crée un noyau du de manager des services publics et privés pour inventer des modèles plus efficient en déclinant le concept du développement durable au sein du secteur hospitalier, et ça marche. Le vrai problème et ce depuis 30 ans, c'est qu'l n'y a pas de politique de santé en France, toutes les décisions sont prises exclusivement sur le court terme, sans aucune mesure d'impact.
    a disposition pour en débattre,
    Olivier toma
    www.c2ds.eu
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