Guerre d'édition entre François Bon et Gallimard

On ne sait pas encore bien s'il faut parler de "livres électroniques", d'"eBook", de "liseuses numériques" ou encore de "bouquineur" mais une chose est sûre: d’ici la fin de l’année, trois nouveaux modèles sont attendues sur le marché [...]

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Hubert Guillaud
Journaliste à InternetActu.net

Le numérique, un bouc-émissaire un peu facile

Comment le numérique pourrait-il tuer des libraires, alors que le marché n'a pas encore démarré ! Le seul marché du numérique qui a une existence en France, c'est celui de la vente à distance de livres papier. Effectivement, ce marché en 10 ans s'est accaparé 10% des ventes de livres, autant que la progression de Grandes Surfaces (GS) et des Grandes surfaces spécialisées (GSS : Virgin, Fnac, Cultura...) confondues durant la même période. Autant ! Ce qui signifie qu'accuser le numérique, revient à fermer les yeux sur une autre cause des difficultés actuelles que connaissent les libraires. 

La crise actuelle de la librairie est liée à l'évolution des conditions commerciales du circuit du livre, qui font que les libraires bénéficient peu ou prou des mêmes conditions commerciales que les GS et GSS. Editeurs, distributeurs et diffuseurs leur demandent de gérer leur petits magasins de proximité comme des centres commerciaux - alors que les libraires ne vendent eux que du livre, qui est le commerce de détail dont la marge est la plus faible. On comprend que ce soit pour beaucoup, intenable. 

L'autre raison est à trouver dans les changements de comportements des clients : la chute de la lecture et des gros lecteurs notamment (un Français sur deux ne lit jamais de livre) et plus encore, le changement des pratiques culturelles des Français qui font que les pratiques culturelles les plus "élevées" sont aussi les plus diversifiées. La restriction de choix d'une librairie par rapport aux autres formes de commerce du livre (qui permettent à la fois d'accéder au livre et à d'autres produits culturels ou à plusieurs niveaux de produits imprimés : le livre spécialisé pour madame, le best-seller pour monsieur, le livre de référence pour l'enfant...) est devenu pour beaucoup d'acheteurs un handicap plutôt qu'un avantage, qui leur fait préférer le commerce dans les GSS, les GS et sur l'internet. Les clients y ont l'illusion du choix, de la profusion, de la variété (même si cette illusion est fausse, comme l'a révélé l'étude du Motif). 

Le livre numérique ne va pas achever la librairie. Celle-ci, vu ses difficultés actuelles, risque de s'effondrer avant. Néanmoins, le numérique demeure un défi pour les libraires (pas seulement eux : toute la chaîne du livre est impactée par la transformation). D'abord parce qu'ils ne s'y sont jamais vraiment penchés et qu'ils connaissent mal les méthodes nécessaires pour y faire commerce.L'ouverture de sites de commandes rapides ne suffira pas face à des acteurs qui ont des moyens industriels pour proposer des offres très structurées : en terme de supports, en terme d'outils pour le clients (applications, outils web, moteurs dédiés comme cette extension Amazon pour le navigateur Chrome). 

Ensuite parce que le métier de libraire sur le web n'a pas grand chose à voir avec le métier de libraire physique : il ne s'agit plus de manipuler des cartons de livres toute la journée, que de produire des contenus écrits et vidéos et de veiller à leur référencement. Enfin, parce que le conseil et la proximité physique dont se réclament les libraires est aussi une lapalissade. Les internautes sur l'internet sont en contact non pas avec des écrans, mais bien avec d'autres êtres humains. Et le conseil des moteurs de recommandations, aussi imparfait soit-il, est parfois bien plus riche que le regard condescendant d'un libraire.  

Enfin, parce qu'assurément, l'économie numérique est aussi une hyper-économie, qui se construit sur des effets d'échelle au niveau mondial. Pas sûr que cela laisse beaucoup de place à l'artisanat et aux petits acteurs. Si cela a été le cas jusqu'à présent (le web est tout de même un grand espace de foisonnement et de liberté), il n'est pas certain que cela dur. Pour répondre à l'industrialisation de la culture, telle qu'elle se redessine sur l'internet, il faudra apporter des réponses de même niveau, qui sont encore et pour longtemps, bien loin du sympathique artisanat de la librairie indépendante.  

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Vous aussi, participez au débat :
Le livre numérique va-t-il achever les libraires ?

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  • Photo de Non connecté
  • Photo de Isa Elesgerov

    11 juillet 2012, 09:51

    Isa Elesgerov
    JUSTICHE FOR KHODJALY!
    0 1
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  • Photo de Non connecté
  • Photo de Frédéric André non

    18 août 2012, 00:06

    Frédéric André Chercheur (Archéologie, Histoire) & pour l'intégration de la Russie à l'Union européenne !

    @Isa Elesgerov 

    Vous êtes totalement hors sujet !
    0 0
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