Crise à Respect Mag: le magazine de la diversité s’est-il trahi ?

Crise à Respect Mag: le magazine de la diversité s’est-il trahi ?

Respect Mag avait, depuis 2003, acquis une certain respect, c’est le cas de le dire. Le magazine prônant la diversité, l’intégration et le multiculturalisme, et proposant de réconcilier société et banlieues, s'est créé une place dans les revues d'opinion, à coup de collaborateurs prestigieux et de prises de position singulières.

Des noms solides que l’on retrouve aujourd'hui -en nombre- apposés sous un communiqué, et qui disent «se dissocier radicalement» de la nouvelle mouture du magazine. En cause, selon les 32 signataires qui comptent Rokhaya Diallo, Esther Benbassa, François Durpaire ou le rappeur Axiom, l’«absence de transparence» dans laquelle s’est déroulé le changement de ligne éditoriale, «un autre projet» à dissocier de l’ancienne, selon eux.

«Nous l’avons appris par mail, témoigne pour Newsring Jean-Claude Tchicaya, ancien rédacteur. On ne nous a rien dit, les lecteurs non plus n’ont pas été prévenus.» Ce membre du collectif Devoirs de mémoires est remonté : «tous les collaborateurs qui ont signé ce communiqué sont estomaqués, continue-t-il. Depuis le lancement de Respect Magazine, nous avons travaillé à déconstruire les préjugés coloniaux ou raciaux. La nouvelle ligne éditoriale sape tous nos efforts».

Prêcher des convaincus ou changer la société?

Des accusations qui étonnent le nouveau directeur de la rédaction, Valère Corréard, fraîchement arrivé dans le groupe SOS Insertion et Alternatives, qui édite Respect Mag. Joint par téléphone, il indique que «la revue s’inscrit dans la continuité de l’histoire du titre» créé par Marc Cheb Sun, cofondateur, lui aussi débarqué de la rédaction. Avec toujours le même but : «informer via le prisme de la diversité. Car la différence est une richesse. C’est notre engagement, et il est fort», rappelle-t-il.

«Je regrette ces incompréhensions, venant de personnes qui prônent le mieux vivre ensemble», assène Valère Corréard. Il demande: «à un moment donné, il faut se poser la question : tente-t-on de prêcher les convaincus ou essaie-t-on de changer la société?» Le nouveau directeur éditorial expose ainsi les nouveaux objectifs du magazine: dans un contexte de crise de la presse, il s'agit de couvrir «les pertes abyssales» et reconquérir un lectorat en berne, notamment grâce au passage au gratuit.

«Moins dans la finesse»

Le problème, selon Jean-Claude Tchicaya, c’est qu’à vouloir gagner de nouveaux lecteurs, on perd le sel de Respect Mag. «L’ancienne équipe n’aurait jamais pu faire une telle couverture», indique l’ancien rédacteur, qui fait référence au dernier numéro, qui met l’humoriste Claudia Tagbo à la une.

Valère Corréard le confesse: «certes, nous ne sommes plus dans la dynamique clivante de ces dernières années. On fait moins dans la finesse, et nous ne sommes plus un magazine fait par des intellectuels pour des intellectuels. Nous ne renions pas cet héritage: nous remettons le travail sur l’ouvrage. Notre décision est de ne plus évoluer dans un microcosme mais d’avoir un impact sur la société», expose-t-il.

Les deux parties vont tous les deux dans le sens inverse. Du côté des signataires, on prédit que le lectorat ne se retrouvera pas dans un Respect Mag plus grand public. Dans la nouvelle rédaction, on se vante des «très bons retours» et vise les 300.000 lecteurs au prochain numéro. Le dialogue est-il, dès lors, définitivement rompu? Deux camps qui ne s'affrontent, pour l'instant, que par communiqués interposés.